Autre fait remarquable et très appréciable dans ma situation : l’organisation a fait un gros effort de traduction pour mettre à la portée de tous, les dialogues échangés dans les pièces. De plus, M Bernard Brizet, journaliste/écrivain au Figaro et spécialiste de la culture chinoise, nous a fait part de ses remarques instructives avant chaque représentation. L’accent à volontairement été mis sur la pédagogie et ce festival s’inscrit dans une série d’événements culturels et de conférences visant à faire découvrir l’opéra chinois au public français.

Malheureusement, la communication faite autour de ce festival fut restreinte à l’internet et au milieu culturel chinois. Pour ma part, c’est très fortuitement que Jacqueline m’a signalé le spectacle (désolé je n’ai pas pris le temps de relayer sur mon blog, je ne pensais pas devenir aussi accroc en fait). Je pense que je ne suis pas le seul à avoir bénéficié du bouche à oreille. M Raffarin qui n’était apparemment pas prévu à l’origine par les organisateurs, nous a honoré par sa présence le 10 novembre. Au niveau des médias, j’ai noté un article dans le Figaro, le parisien et un court extrait dans le journal régional de France 3. D’un point de vue strictement personnel, je regrette quand même qu’il n’y ait pas eu de traitement audiovisuel plus approfondi. Aucune télévision française n’a saisi l’occasion de filmer cet événement pour le diffuser (même arte :/). Seule CCTV 2 (je suis pas très sûr du numéro du channel) a couvert l’événement. Heureusement, cette faible médiatisation n’a pas empêché la réussite du festival. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu une place de libre au cours des 5 soirs où je me suis déplacé. Sinon, pour les curieux qui ont manqué le festival, ils pourront se rattraper avec les futures conférences sur l’opéra chinois organisées par le cccp.

L’opéra chinois est un art très complet. D’après moi, il semble moins « académique » (dans le sens de poussiéreux mais c’est sûrement un cliché publicitaire inconscient) que l’opéra que l’on connaît en Occident. Je dis ça mais tout compte fait, je ne suis allé qu’à un seul opéra contre quatre opéras chinois !

L’opéra traditionnel chinois comprend des farces dignes de Molière, des reconstitutions de combats qui ne font aucun doute sur la provenance des scènes d’actions des films de Hong-Kong, des costumes très riches, le maquillage est lui aussi très sophistiqué. Ce point à vraiment son importance car la signification des couleurs pour les chinois n’est pas la même que pour les occidentaux (de mémoire : or et rouge sont réservés à l’empereur, le blanc pour la traîtrise, vert c’est la générosité). Rien qu’au maquillage, un connaisseur peut cerner une personnalité. Le jeu des acteurs est très précis et codifié. Les mouvements des mains traduisent de nombreuses émotions. Le tout est accompagné d’un orchestre et surtout d’un tambour qui donne le rythme aux artistes. Comme le soulignait M Brizet, chaque pièce est porteuse d’une morale. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Opéra de Pékin (Jingju) fut un instrument de propagande de l’ère Mao. Bien avant lui, les empereurs l’utilisaient déjà pour sceller l’unité de l’empire.

Succinctement, je vous livre mes impressions probablement très naïves et éloignées de celles d’un expert dans le domaine. Il existe de nombreux styles (environ 300) en Chine. Le cccp avait sélectionné pour nous, 6 troupes :

Jingju (L’opéra de Pékin) — C’est l’opéra qui m’est apparu comme le plus équilibré entre les scènes d’action, de chant et de théâtre. Jingju est l’une des formes d’opéra la plus connue dans le monde avec des rôles spécialisés comme la femme « dan », l’homme « sheng » et le boufon « chou ». Mention spéciale pour l’extrait « A la croisé des chemins » où les combats étaient censés se dérouler dans l’obscurité. Les situations étaient très réussies et cocasses (bien dans l’esprit cinéma muet) !

Yueju (Opéra de Canton) — Les costumes étaient très imposants, les longues antennes rajoutées sur la tête des acteurs principaux étaient très impressionnantes (je me demande d’ailleurs sur quel oiseau elles ont été prélevées). Les pièces présentées étaient très martiales. Le jeu des acteurs, notamment au niveau des manches était très recherché. J’ai bien suivi les dialogues (point qui fut plus ardu le premier soir), je pense que j’ai pris le virus à ce moment là.

Bangzi (Opéra de Hebei) — Cet Opéra m’a particulièrement touché. Difficile de savoir ce qui m’a plut c’est un ensemble de choses : tout d’abord la première histoire mettait en scène un haut fonctionnaire qui s’est laissé corrompre et torture la femme qui l’a élevé et instruit. Erreur judiciaire et corruption, des thèmes séculaires et insupportables d’autant plus que la femme en question était douée de grands talents artistiques… Ensuite, la prestation de l’acteur jouant le rôle de « Yao Da », un vieux serviteur plein d’humour m’a impressionné. Je ne m’y attendais pas et pourtant j’ai beaucoup ri grâce à lui ! Enfin, les dialogues étaient assez simples à comprendre et j’ai plus le souvenir d’avoir suivi le jeu des acteurs que d’avoir regardé mécaniquement la traduction.

Jiju (Opéra de Jilin) — C’est un opéra très vivant et divertissant. On retrouve beaucoup de combats, de danses et lâchés de napperons envoyés au public ! Les maquillages sont très discrets au point que l’on peut reconnaître la tête des acteurs dans la vie de tous les jours. L'intrigue était la suivante : les deux héros vont-ils arriver à surmonter leur orgueil et se marier ? C'était bien traité et mis en scène seulement la morale était sans grande profondeur.

Je n’ai malheureusement pas pu assister aux opéras Pingju (Opéra de Pékin/Tianjin proche de Jingju) ni Chaoju (Opéra de Chao’an et Shantou de la province de Canton).

Je dois avouer avoir eu beaucoup de chance d’assister au dernier soir du festival. Les places pour cette soirée n’étaient disponibles que sur invitation. Grâce à la gentillesse de M Alain Holo, grand passionné de culture chinoise et spectateur très assidu, j’ai pu profiter de son invitation double. C’est au cours de cette soirée spéciale que les différents prix ont été remis. J’ai principalement retenu le fait que tous les opéras avaient été récompensés. Le jury n’étant composé uniquement de sommités du monde culturel et théâtral parisien. Ceci explique certainement le fait que toutes les troupes se sont vues récompensées à peu près équitablement. Humilité, manque d’expertise — il est vrai que je n’aurais pas aimé être leur place pour désigner les meilleurs des meilleurs.

La soirée s’est achevée avec la prestation de M Mei Baojiu fils de l’illustre Mei Lanfang (d’après ce que j’ai crû comprendre ce fut l’un des plus grands acteurs d’opéras chinois de tous les temps, spécialisé dans les rôles féminins), venu spécialement de Chine nous interpréter un extrait de « Adieu ma concubine » et un autre de « la concubine ivre ». Le décalage entre sa voix naturelle et son interprétation était très impressionnant. Les gestes qu’il effectuait étaient lents. J’imagine que son père lui a transmis certaines techniques. On sentait une grande assurance à la manière d’un maître en arts martiaux : pas de précipitation ni de crispation, le timbre clair et l’émotion justement dosée. Beaucoup de maîtrise se dégageait. On le sentait à l’aise voire content et, même si je n’ai pas les éléments techniques pour juger sa prestation, au niveau du ressentit cela s’apparentait à peu près à la première fois où j’ai entendu les adagios d’Albinoni. Fatalement, c’est à ce moment précis que ma batterie d’appareil photo m’a fait défaut. Avec le recul, je me dis que ce n’est pas plus mal que je n’aie pas été distrait à essayer de capturer l’instant, j’ai pu l’apprécier pleinement.

Encore une fois, je remercie Christopher et sa rapidité pour m’avoir pris en photo avec une des actrices de l’Opéra Jiju (ceux avec les napperons). Cela restera incontestablement un clin d’œil très sympa !

Pour finir, voici quelques photos un peu en vrac pour vous donnez un ordre d’idée. J’espère prochainement encoder les vidéos et présenter cela de manière plus jolie.